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lundi 22 janvier 2018

698 - La vendeuse de bétel

Inde 2014                                                photo 3903  1/30

Inde : Bangalore, marché.
Je ne sais si c''était à cause du bétel, mais il y avait un contentieux entre ces deux là, régulièrement elle se retournait et le tapait à bras raccourcis.





L'usage du bétel reste très répandu en Asie du sud-est et en Inde pour des centaines de millions d'individus. A eux seuls les Indiens produisent 250 000 tonnes de noix par an. Dans les mariages les plus opulents, y compris ceux qui se déroulent dans des lieux très occidentalisés, de longues tables uniquement réservées au bétel complètent les buffets, car c'est la touche finale d'un repas. La chique purifie l'haleine, renforce les gencives, facilite la digestion, elle a un léger effet stimulant, procure un sentiment de bien-être et produit un flot de salive rouge.
Beaucoup se contentent d'une chique de bétel après un bon repas, comme nous prendrions un café, tandis que d'autres sont complètement intoxiqués. Ils en consomment à longueur de journée, et passent leur temps à mastiquer et à recracher et ont les dents et les gencives colorées en rouge. La tentation est d'autant plus grande que c'est un " trompe-faim " et qu'elle confère une énergie illusoire.
Partout où les Indiens sont en nombre, on trouve du bétel! Et des centaines de tonnes de paan masala sont exportées en Grande Bretagne, dans les Emirats, à Doubaï, en Arabie Saoudite, en Malaisie, au Kenya, et même aux Etats-Unis et au Canada.

vendredi 19 janvier 2018

697 - Le marchand de grenades

Inde 2014                                                                           photo 3922 1/30

Inde : Bangalore, un fabuleux marché quotidien

Dures grenades entr’ouvertes
Cédant à l’excès de vos grains,
Je crois voir des fronts souverains
Éclatés de leurs découvertes !

Si les soleils par vous subis,
Ô grenades entre-baillées,
Vous ont fait d’orgueil travaillées
Craquer les cloisons de rubis,

Et que l’or sec de l’écorce
À la demande d’une force
Crève en gemmes rouges de jus,

Cette lumineuse rupture
Fait rêver une âme que j’eus
De sa secrète architecture.

Extrait de "Charmes"

    Paul VALÉRY

lundi 13 novembre 2017

694 - La lavandière

Inde 2014                                                                               photo 3972  1/30

Inde : Badami, la lavandière en plein travail ...

"...
Mais l'eau n'interrompt pas sa course aventureuse
Malgré tant de travaux et de sommeils. Voici
La brèche ouverte sur l'horizon obscurci
Par la poussière d'eau. Le lit de pierre plate
Finit brusque, et le flot, pesante nappe, éclate
En un rugissement perpétuel. En bas,
Les rocs éparpillés comme après des combats
De titans, brisent l'eau sur leurs arêtes dures.
Au loin, tout est mouillé. L'audace des verdures
Plantureuses encadre et rompt souvent l'éclat
De la chute écumeuse.
..."
Charles Cros  Le fleuve 

mercredi 8 novembre 2017

692 - Corvée d'eau

Inde 2014                                                photo 3030  1/30

Inde :Chennai, Park Town, la petite porteuse d'eau paraît bien frêle avec cette grosse jarre ....

Les femmes et les petites filles sont les premières victimes de la crise de l’eau provoquée par la pollution, la sécheresse et les multinationales, ces vendeurs d’eau. La corvée de l’eau a toujours existé et existe partout dans les zones rurales. Les femmes et les jeunes filles  parcourent plusieurs kilomètres, entre  3 heures et 6 heures à pied tous les matins pour aller chercher l’eau. Entre 15 et 25% de leur énergie journalière est dépensée pour cette tâche. Cette corvée présente un obstacle pour la scolarisation des filles et pour l’émancipation des femmes. Aller chercher de l’eau fait partie de l’inégalité des sexes.

Saïda Schreiner in Mediapart

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lundi 30 octobre 2017

688 - Les lavandières

Inde 2014                                                                               photo 3970  n&b

Inde : Les lavandières de Badami

"....
Puis la plaine avec ses moissons, puis les hameaux
D'où viennent s'abreuver, au bord, les animaux :
Bœufs, chevaux ; tandis qu'en amont, les lavandières
Font claquer leurs battoirs sur le linge et les pierres.
Ou bien plongent leurs bras nacrés dans l'eau qui court,
Et, montrant leurs pieds nus, le jupon troussé court,
Chantent une chanson où le roi les épouse.
Chanson, pieds nus, bras blancs, font que ce gars en blouse
Distrait, laisse aller seul son cheval fatigué,
Fumant, poitrail dans l'eau, par les courbes du gué.
..."
Charles Cros  Le fleuve

mercredi 27 septembre 2017

673 - Le pouls profond de l'Afrique

Sénégal 2016                                                            photo 5164d n&b    1/30

Senegal : Yoff, un vent à decorner les bœufs, des chèvres dans les rues, à part la rue principale pas de goudron ,du sable, des tapis de mouches absolument partout ...


Femme, pose sur mon front tes mains balsamiques, tes mains douces plus que fourrure.
Là-haut les palmes balancées qui bruissent dans la haute brise nocturne
À peine. Pas même la chanson de nourrice.
Qu'il nous berce, le silence rythmé.
Écoutons son chant, écoutons battre notre sang sombre, écoutons
Battre le pouls profond de l'Afrique dans la brume des villages perdus.

Voici que décline la lune lasse vers son lit de mer étale
Voici que s'assoupissent les éclats de rire, que les conteurs eux-mêmes
Dodelinent de la tête comme l'enfant sur le dos de sa mère
Voici que les pieds des danseurs s'alourdissent, que s'alourdit la langue des chœurs alternés.

C'est l'heure des étoiles et de la Nuit qui songe
S'accoude à cette colline de nuages, drapée dans son long pagne de lait.
Les toits des cases luisent tendrement. Que disent-ils, si confidentiels, aux étoiles ?
Dedans, le foyer s'éteint dans l'intimité d'odeurs âcres et douces.
...

Léopold Sedar Senghor

lundi 29 mai 2017

654 - Les marchands de fruits

Inde 2015                                                                     photo 5017 n&b  1/30

Inde : Mysore, autour du Devaraja market les marchands de fruits sont bien place ...

Je me suis bien régalé de fruits d'automne,
Je me suis bien régalé avec la pomme du pommier.
Je n'ai surtout pas mangé le gland du chêne,
Je n'ai surtout pas mangé le marron du marronnier.
Je me suis bien régalé de fruits d'automne,
Je me suis bien régalé avec la poire du poirier.
Je n'ai surtout pas mangé le gland du chêne,
Je n'ai surtout pas mangé le marron du marronnier.

Roland Topor

lundi 8 mai 2017

646 - Moto dop

Cambodge 2013                                                                     photo 2058  1/30

Cambodge : Ban Lung, marché du matin, les motos dop (moto taxi ) comme à la parade attendent le client ...

Y avait une fois un taxi
taxi taxi taximètre
qui circulait dans Paris
taxi taxi taxi cuit
il aimait tant les voyages
taxi taxi taximètre
qu'il allait jusqu'en Hongrie
taxi taxi taxi cuit
et qu'il traversait la Manche
taxi taxi taximètre
en empruntant le ferry
taxi taxi taxi cuit
un beau jour il arriva
taxi taxi taximètre
dans les déserts d'Arabie
taxi taxi taxi cuit
il y faisait tellement chaud
taxi taxi taximètre
que sa carrosserie fondit
taxi taxi taxi cuit
et de mème le châssis
taxi taxi taximètre
et tous les pneus y compris
taxi taxi taxi cuit
chauffeurs chauffeurs de taxi
taxi taxi taximètre
écoutez cette morale
taxi taxi taxi cuit
lorsque vous quittez Paris
taxi taxi taximètre
emportez un parapluie
taxi taxi taxi cuit
parapluie ou bien ombrelle
taxi taxi taximètre
un mot est bien vite dit
taxi taxi taxi cuit

Raymond Queneau

mercredi 3 mai 2017

644 - Une tisseuse

Cambodge 2013                                     photo 2050   1/30

Cambodge Ban Lung  Village Tompuons


Tiens, c'est une tisseuse,
Une tisseuse de liens.
Je vois qu'elle me note
Un rendez-vous.
Elle semble seule,
Les mains libres de me piéger.
Pris au piège dans sa toile,
Elle est face à moi.
Elle me tire les vers du nez.
Malgré moi les liens sortent.
C'est la tisseuse,
La tisseuse de liens.

André Recoupe  La tisseuse

lundi 1 mai 2017

643 - Mains de tisseuses

Cambodge 2013                                                                 photo 2045a   1/30

Cambodge Ban Lung  Village Tompuons

La complainte des tisseuses de soie 
Toujours draps de soie tisserons,
Jamais n’en serons mieux vêtues.
Toujours seront pauvres et nues
Et toujours faim et soif aurons ;
Jamais tant gagner ne saurons
Que mieux en ayons à manger.
Au matin peu et au soir moins ;
Jamais de l’œuvre de nos mains
N’aura chacune pour son vivre
Que quatre deniers de la livre.
Et de ce ne pouvons-nous pas
Assez avoir viandes et draps ;
Car, qui gagne dans la semaine
Vingt sous, n’est mis hors de peine
Des nuits grand’partie nous veillons
Et tout le jour, pour y gagner ;
On nous menace à maltraiter
Nos membres, quand nous reposons
Et pour ce reposer n’osons. 
Chrétien de Troyes

vendredi 21 avril 2017

639 - Les poissons sechés

Cambodge 2013                                                             photo 2448 n&b 1/30

Cambodge : Kampong Chnang,  marché, les poissons sèchés comme à la parade

Un poisson d'avril
Est venu me raconter
Qu'on lui avait pris
Sa jolie corde à sauter
 
C'était un cheval
Qui l'emportait sur son coeur
Le long du canal
Où valsaient les remorqueurs

Et alors
Un serpent
S'est offert comme remplaçant
Le poisson
Très content
Est parti à travers champs

Il saute si haut
Qu'il s'est envolé dans l'air
Il saute si haut
Qu'il s'est retrouvé dans l'eau.

Boris Vian

vendredi 14 avril 2017

636 - Le cuisinier prépare son feu

Cambodge 2013                                                          photo 2433 n&b   1/30

Cambodge Kampong Chnang  

"...
 Un jour le Cuisinier, ayant trop bu d’un coup,
Prit pour Oison le Cygne ; et le tenant au cou,
Il allait l’égorger, puis le mettre en potage.
L’oiseau, prêt à mourir, se plaint en son ramage.
Le Cuisinier fut fort surpris,
Et vit bien qu’il s’était mépris.
« Quoi ? Je mettrois, dit-il un tel chanteur en soupe !
Non, non, ne plaise aux Dieux que jamais ma main coupe
La gorge à qui s’en sert si bien!  »
...."

Jean De La Fontaine  Le cygne et le cuisinier

lundi 10 avril 2017

634 - La marchande de crevettes

Cambodge 2013                            photo 2436 n&b   1/30

Cambodge Kampong Chnang  


et en miroir une marchande de crevettes, à Paris, en 1900 .... je n'ai pas le nom du photographe.

mercredi 5 avril 2017

632 - Jour de marché

Cambodge 2013                                                        photo 2430 n&b   1/30

Cambodge Kampong Chnang  marché

" ...
Des confins du lourd sommeil
Se déplient les jambes engourdies
Qui s’agitent entre les corbeilles
De légumes replets et de fruits

Des regards soupèsent le temps
Les premiers mots tanguent en surface
La gueule des camions géants
S’étire renifle à même l’espace

De larges mains gomment la nuit
De leurs gestes sûrs et rapides
Les couleurs se multiplient
Sur ce fond gris et insipide
..."
Didier Venturini   Jour de marché

lundi 3 avril 2017

631 - Le cuistot

Cambodge 2013              photo 2428 n&b  1/30

Cambodge : Kampong Chnang, cuisine au marché  

Aux vertiges de mes larges concupiscences,
Une inclinaison hardie pour les voluptés
Cajole mon coeur et ma phtisique existence
– Ainsi, je me consacre aux marcs ensorcelés.

J’abreuve mon esprit de cette douce essence
Et comme Sîn lune durant l’obscurité
Je serpente l’amer et cueille les fragrances
Délicates des lointains rivages sablés.

Et ces ténèbres m’enjôlent d’une langueur
Acrimonieuse et fascinante de saveurs.

J’emplis mes narines de ces âpres parfums
Et m’abandonne enivré aux philtres mystiques,
Encore un arôme de cannelle sur son sein.
L’ivresse est absolue – ma nymphéa d’Afrique.

Didier Sicchia, La rhétorique de l’ineffable, 2010

vendredi 31 mars 2017

630 - La fille de la bouchère

Cambodge 2013                                  photo 2429 n&b  1/30

Cambodge Kampong Chnang  marché

" Travaillez, prenez de la peine :
C’est le fonds qui manque le moins.
..."
Jean de La Fontaine

mercredi 29 mars 2017

629 - J'ai vu le menuisier

Inde 2015                                        photo 4901 n&b  1/30

Inde : Chennai, Chintadripet, le menuisier en plein boulot ....



J’ai vu le menuisier
Tirer parti du bois.

J’ai vu le menuisier
Comparer plusieurs planches.

J’ai vu le menuisier
Caresser la plus belle.

J’ai vu le menuisier
Approcher le rabot.

J’ai vu le menuisier
Donner la juste forme.

Tu chantais, menuisier,
En assemblant l’armoire.

je garde ton image
Avec l’odeur du bois.

Moi, j’assemble des mots
Et c’est un peu pareil.

Eugène Guillevic

lundi 6 mars 2017

618 - La petite marchande de fleurs

Cambodge 2013                           photo 2426 n&b   1/30


Cambodge : Kampong Chnang,  marché

Le soleil froid donnait un ton rose au grésil,
Et le ciel de novembre avait des airs d’avril,
Nous voulions profiter de la belle gelée.
Moi chaudement vêtu, toi bien emmitouflée
Sous le manteau, sous la voilette et sous les gants,
Nous franchissions, parmi les couples élégants,
La porte de la blanche et joyeuse avenue,
Quand soudain jusqu’à nous une enfant presque nue
Et livide, tenant des fleurettes en main,
Accourut, se frayant à la hâte un chemin
Entre les beaux habits et les riches toilettes,
Nous offrir un bouquet de violettes.
Elle avait deviné que nous étions heureux
Sans doute, et s’était dit : “ ils seront généreux ”.
Elle nous proposa ses fleurs d’une voix douce,
En souriant avec ce sourire qui tousse,
Et c’était monstrueux, cette enfant de sept ans
Qui mourait de l’hiver en offrant le printemps.
Ses pauvres petits doigts étaient pleins d’engelures.
Moi, je sentais le fin parfum de tes fourrures,
Je voyais ton cou rose et blanc sous la fanchon,
Et je touchais ta main chaude dans ton manchon.
Nous fîmes notre offrande, amie, et nous passâmes ;
Mais la gaîté s’était envolée, et nos âmes
Gardèrent jusqu’au soir un souvenir amer.
Mignonne, nous ferons l’aumône cet hiver.

François Coppée, La petite marchande de fleurs

lundi 13 février 2017

615 - Travailleuse du port

Cambodge 2013                             photo 2394  n&b  1/30

Cambodge Kampong Chnang

Combien de ports pourtant, et dans ces ports
combien de portes, t'accueillant peut-être.
Combien de fenêtres
d'où l'on voit ta vie et ton effort.

Combien de grains ailés de l'avenir
qui, transportés au gré de la tempête,
un tendre jour de fête
verront leur floraison t'appartenir.

Combien de vies qui toujours se répondent ;
et par l'essor que prend ta propre vie
en étant de ce monde,
quel gros néant à jamais compromis.


Rainer Maria Rilke

vendredi 11 novembre 2016

591 - Le temps tisserand

Cambodge 2013                                                                   photo 2026   1/30

Cambodge : Ban Lung,  Village de Tong Nonlie, Ethnie Tompuons 

Par à-coups et par glissements
Par envols et par piétinements
Par chemins et par chimères
Par rythmes et par remous
Par avenir et par souvenirs

Nous creusons nos sillages
Nous brassons nos destins

Tandis qu'à la dérobée

Le
Temps

Nous entraîne

Vers les rivages de l'éveil

Ou l'océan d'oubli

Ce temps

Tisserand d'un rébus
Sans fil et sans trame
Dont nous ignorons
Le dessein et l'issue.

Andrée Chedid  Le temps tisserand